Toulouse, le nid de La Chouette Coop

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On vous raconte

Au 12 avenue de Lyon, non loin du Canal du Midi, l’économie solidaire et sociale a enfanté d’un projet dans la droite ligne des initiatives citoyennes éthiques et responsables. Le « Think global act local » (Pense à échelle mondiale mais agis à échelle locale), concept développé au début des années 2000, s’illustre à merveille dans les locaux de La Chouette Coop à Toulouse. Cette jeune association créée en 2015 s’était donné pour objectif d’ouvrir un supermarché collaboratif et participatif afin de proposer au grand public des produits de qualité, pour la grande majorité issus de producteurs locaux. Pari réussi deux ans après ! Le vendredi 13 janvier 2017, La Chouette Coop ouvre le Lab, un supermarché expérimental de 100 m² de surface de vente préfigurant le futur supermarché coopératif et collaboratif toulousain et proposant des prix de 15 à 40% plus avantageux que dans les épiceries et supermarchés bio classiques. Pour nous présenter La Chouette Coop Pascale Bourgeaiseau, coordinatrice du projet, a accepté de répondre à nos questions.


« Le projet a une visée sociale »

 

Expliquez la Chouette Coop à ceux qui ne la connaissent pas encore ?

La Chouette Coop est une association porteuse d’un projet de supermarché coopératif et participatif. Coopératif car nous avons créé une coopérative et nous allons nous inscrire dans le droit coopératif c’est-à-dire un coopérateur une voix, chacun participant aux décisions prises dans la coopérative et devant en détenir des parts sociales pour en être sociétaire. Et puis participatif car nous allons tous, au travers du bénévolat, donner 3h de notre temps toutes les 4 semaines pour faire tourner le supermarché à des postes différents : accueil, mise en rayon, service des fruits et légumes, caisse, etc.

L’idée finale est que, grâce au bénévolat, nous allons pouvoir faire des économies en termes de gestion. Tout ça pourra être réinjecté dans les prix. Le projet a donc une visée sociale : pouvoir faire venir le plus grand nombre à la Chouette Coop pour vivre une expérience participative et coopérative en se réappropriant l’acte d’achat en termes de consommation alimentaire et en se constituant une conscience plus affutée de ce que l’on achète.

 

« Consommer sainement c’est trop cher aujourd’hui »

 

Quelle était l’initiative de base ?

Consommer sainement c’est trop cher aujourd’hui. Dans certains quartiers les lieux de distribution deviennent des ghettos. Si l’on quitte le quartier pour acheter des produits chez Biocoop c’est parce qu’on a les moyens et que l’on a une conscience de ce que l’on veut acheter ou alors on est condamné à aller en distribution discount parce que le porte-monnaie fait la loi. L’idée c’est de pouvoir réunir à la Chouette Coop, sous la forme d’une mixité sociale à laquelle nous sommes très attachés, ces deux types de population, les gens qui ont réfléchi à leur alimentation, qui ont décidé que leur acte d’achat était extrêmement important (problèmes de santé publique, scandales des crises alimentaires) et les gens qui ne se sont pas posés la question du fait que leur porte-monnaie est un rempart. Notre mission à nous c’est de pouvoir faire venir toutes ces personnes-là dans le supermarché, créer cette mixité et faire en sorte qu’ils puissent accéder à ces produits-là petit à petit, réfléchissent à leur alimentation et adoptent de nouveaux comportements alimentaires. Ce n’est pas nous qui devons dicter ces comportements, nous donnons seulement des informations qui permettent de s’approprier ses actes de la vie courantes.

Où en sommes-nous en France de ce type d’initiative ?

Il y a un manque d’initiatives de ce type partout en France. Ce n’est pas juste une question de mode car aujourd’hui on compte de nombreux projets qui sont au même niveau de maturité que nous. Nous sommes en rapport avec 6 autres de ces projets sur le territoire. De plus il y a une vingtaine d’autres projets en développement qui ont une existence juridique, un nom, des groupes de travail sans avoir encore le supermarché pleinement en place. Il y a ici un besoin extrêmement important.

 

« On a décidé collectivement de faire quelque chose »

 

Ce type de projet ne manque-t-il pas d’exposition médiatique ?

Ces initiatives commencent justement à émerger. Hier dans Le Monde  il y avait un article sur l’habitat participatif qui faisait référence à l’ilot d’habitats participatifs de La Cartoucherie à Paris. Ce sont des projets et des réalisations qui existent depuis des années mais l’exposition commence à peine. Il faut arriver à un certain niveau de maturité dans les projets, à un certain niveau de réalisation, avant que les médias s’en emparent et que la société veuille bien regarder tout ça d’un œil plus rassuré.

Nous estimons qu’il faudra être 1500 pour ouvrir le supermarché mais nous n’aurons aucune inquiétude pour les avoir le jour où on aura trouvé le lieu et la date d’ouverture. Les gens sont intéressés par l’idée, ils le savent mais ils sont en réserve.

 

Quel est votre conseil pour les politiques aujourd’hui ?

Pour notre part nous nous inscrivons dans l’économie sociale et solidaire. Nous avons un projet qui n’est pas politique au sens de politique des partis. Par contre je pense sincèrement que c’est un projet qui est éminemment politique car c’est avant tout un engagement. Sur la politique politicienne je réserve ça à mon moment d’intimité dimanche matin (rires).

On a tous décidé d’agir et d’arrêter de voir les choses à travers le prisme de la politique telle qu’elle est aujourd’hui. Cela ne nous empêche pas d’être individuellement des citoyens et d’être devant nos responsabilités citoyennes mais on a décidé collectivement de faire quelque chose et c’est une initiative citoyenne.

Ce genre d’initiative est la bienvenue dans le monde de la distribution où la malbouffe des supermarchés et les prix exorbitants des produits bio règnent en maître. Déjà plus de 600, les amis de La Chouette Coop attendent désormais d’atteindre les 1500 membres pour pouvoir ouvrir le supermarché de demain. Au 12 avenue de Lyon, la transition citoyenne est finalement sur de bons rails, il ne tient qu’à vous désormais de monter dans le train.

 

 

 

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